Les niches d’aujourd’hui sont les marchés de demain et ces évolutions nécessitent et entraînent l’arrivée de nouveaux intervenants. Ceux-ci viennent enrichir l’industrie cosmétique de méthodes, voire de mentalités rafraîchissantes…
Répondre aux tendances :
La R&D, le marketing peuvent imposer une nouvelle idée, une découverte, un nouveau concept, mais le plus souvent l’industrie cosmétique s’inscrit dans une tendance générale de la consommation et de la société. Les niches des marchés ethniques, des produits naturels, de la diététique en cosmétique s’imposent rapidement avec des parts de marchés importantes, d’autant plus qu’elles représentent des tendances de fond. L’industrie cosmétique suit l’évolution sociologique et pour satisfaire ces nouveaux marchés, elle attire de nouveaux professionnels qui à leur tour viendront l’enrichir de leur propre expérience. La société Teco Finance Export fait partie de ces nouveaux intervenants.
Teco Finance Export :
Créée il y a quinze ans par Michel Pobeda, c’est sur la savane africaine qu’elle a bâtie sa réputation dans le domaine des produits tropicaux. (Voir encadré) Il y a des constantes dans l’histoire, et de la même manière qu’au temps de grandes découvertes les comptoirs portuaires étaient les seuls points visités, les négociants se retrouvent aujourd’hui plus souvent dans les grands hôtels d’Abidjan, Dakar ou Cotonou que dans les cases de Khorogo, Tambacounda ou Natitingou. Les grandes plantations organisées de café et de cacao sont sur les zones équatoriales côtières marquées par quatre saisons. Entre cette zone et le désert se succèdent différentes zones de savanes, d’abord arborées puis semi-désertiques puis le Sahel et le désert. C’est dans la savane caractérisée par deux saisons bien marquées et une végétation particulière que subsiste la tradition de cueillette et le ramassage en brousse de produits qui poussent à l’état sauvage. L’organisation de ces collectes nécessite des intervenants rompus à la vie en brousse. La société Teco Finance Export opère depuis 1983 sur ces zones et son nom provient des activités multiples nécessaires au financement et à l’exportation de ces produits. Les activités commencent au préfinancement agricole. Vient ensuite la distribution de sacherie, maillon essentiel de l’activité. En période de campagne, Teco dispose d’ateliers de couture où sont recyclés des containers entiers de sacherie venue d’Europe. Les « bâchées », camionnettes légères munies de bascules circulent de village en village pour faire la première collecte et réunir les produits dans des magasins sur les gros bourgs. Les contrôles qualitatifs commencent au village où l’acheteur joue un rôle de relais pour les conseils de ramassage, séchage ou premiers traitements suivant les produits. Noix de cajou, karité, pentadesma, néré, gommes vont affluer sur ces centres de collecte pour être ré-ensachés puis acheminés par camion sur les magasins portuaires. Le stockage secondaire permettra les contrôles qualitatifs contractuels des sociétés spécialisées puis l’accumulation de quantités suffisantes à l’affrètement de navires pour l’acheminement des marchandises vers l’Europe ou l’Asie. Au bout de quelques années c’est par milliers de tonnes que Teco Finance Export a livré ces produits sur l’Europe mais aussi sur la côte Malabar en Inde, sur la Province de Canton en Chine et sur le Nordeste du Brésil. Son chiffre d’affaires était de l’ordre de 30 M de F.. De cette large expérience provient cette familiarité avec les produits tropicaux venant d’Asie comme les illipés d’Inde ou de Bornéo ou les huiles d’anarcardier du Nordeste brésilien. C’est aujourd’hui ce que Teco Finance Export amène : une connaissance technique des produits mais aussi de leur histoire et de leur environnement. Depuis 1993, les activités de négoce ont été cédées et la société s’est recentrée en aval de la filière en transformant ses produits pour l’industrie cosmétique
Nouvelles problématiques :
La société Teco Finance Export a pu apporter dans ce domaine technologique sa connaissance intime des produits triturés, sa capacité d’innovation et un circuit court pour proposer des prix attractifs.Elle a su répondre à sa manière à de nouvelles problématiques :
- Le consommateur est demandeur de plus d’informations sur l’origine des produits, sur les procédés de fabrication. – Besoin d’utiliser des produits tels quels, de retour aux sources Quelques exemples : Au delà de la polémique autour du problème de la différence entre une tomate bio et une tomate non-bio, il y a le pragmatisme dont doit faire preuve une entreprise: si la demande existe pour des produits aussi naturels que possible, pourquoi ne pas la satisfaire ? Il n’existait pas de différences entre les procédés d’obtention du beurre de karité comme de beaucoup d’oléagineux. L’apport de Teco depuis le salon Dietexpo en 93 a été de faire simplement la différence entre les différents beurres. Aujourd’hui un tiers des beurres vendus par Teco est d’origine « pression ». Il faut noter que le pourcentage est plus important aux USA où le « Crushed Sheabutter » représente la moitié des ventes et ou beaucoup de laboratoires le précisent sur l’étiquette.
- La demande croissante en produits oléagineux d’origine végétale entraine des tensions sur ces marchés fragiles. Il est difficile aujourd’hui de se fournir en huile de jojoba malgré la culbute des prix. Teco étudie un système de contrat à terme identique à ceux utilisés dans le négoce pour proposer des garanties de prix et de livraison sur des périodes de 12 à 18 mois.
- Cette même demande en produits naturels n’exclut pas la régularité dans la qualité et la composition des produits proposés. C’est dans des programmes à long terme d’amélioration variétale des semences que nous pourrons garantir des teneurs en acide gamma-linolénique dans l’huile d‘onagre.
- Au delà de leur composition en acides gras ou en insaponifiables, la connaissance des propriétés des huiles végétales ne va pas au-delà de leurs utilisations traditionnelles. Teco a démarré un travail de compilation qui sera prochainement publié sur Internet et qui sera le départ d’une large base de données .
- L’introduction par Teco de l’huile de chanvre en cosmétique est due à la connaissance de marché plus confidentiels hors de France.
- L’introduction de l’Huile d’Anacardier en cosmétique est due à l’expérience de Teco en agriculture tropicale et à sa connaissance des traditions amazoniennes et indiennes.
- Les pourcentages de produits actifs introduits dans les formules sont ridiculement bas : 1% d’oléagineux dans un savon ne doit pas alourdir les bulles. Les essais montrent qu’un savon peut supporter jusqu’à 15 pct d’oléagineux actifs (non transformés en savon et introduits à froid après la saponification) Le circuit classique entre les fabricants, les revendeurs et les laboratoires rendent le « feed back » difficile.
Les nouvelles modes sont là , les nouveaux besoins sont immédiats, la confrontation des idées et des besoins de chacun des intervenants aux extrémités de la chaîne est plus que jamais nécessaire. « Que demande tel ou tel marché, pouvons nous le fournir, dans quelles conditions et à quel prix ? » Le marché des oléagineux naturels grandit vite. Les intervenants doivent se parler. De nouveaux produits peuvent s’élaborer : l’oléine de karité est un produit enrichi en insaponifiables et facile d’utilisation. Teco Finance Export travaille sur des extraits de karité avec des pourcentages d’insaponifiables atteignant 50 pct en laboratoires et un karité hydrosoluble sera rapidement disponible.
Michel Pobeda :
Michel Pobeda travaille depuis 25 ans dans les pays tropicaux. Arrivé en Afrique en qualité de « trader » en céréales pour le compte de la Compagnie Intérocéanique de Négoce, il crée en 1983 avec des capitaux familiaux Teco Finance Export qui deviendra un des premiers exportateurs de produits tropicaux de cueillette. Provenant d’une lignée d’agriculteurs il participe aux essais de plantations à grande échelle de certains de ces produits et crée pour Teco Finance Export une « fazenda » d’anacardiers à l’embouchure de l’Amazone. Il en assure la direction de 1985 à 1989 dans le cadre d’une association agriculture-élevage. Parallèlement il fait de nombreux voyages en Chine et en Inde pour le suivi des marchandises en stock sur les pays receveurs, la visite des clients. Il assure la supervision du bureau de Singapour. De 1989 à 1993, il a participé en qualité d’expert auprès de L’Organisation des Nations Unis pour le Développement Industriel (ONUDI) à plusieurs missions en Afrique de l’Ouest pour l’implantation d’unités de production ou de transformation des produits tropicaux. Depuis 94, il se consacre aux problèmes de transformation des oléagineux et dirige une équipe pluridisciplinaire capable : de faire le lien entre une industrie cosmétique qui a besoin de produits de base naturels dont les spécifications sont compatibles avec les exigences des formulateurs et des responsables de production. Il participe a des missions de contrôle confiées en 95 et 97 aux Laboratoires Wolff et l’Institut des Corps gras, ainsi qu’à des travaux sur la cristallisation des beurres menés sur un pilote de l’industrie laitière d’entamer un processus de vérification des propriétés traditionnelles des corps gras naturels et de travailler à la mise en place de méthodes d’objectivation. de promouvoir les recherches variétales tendant à augmenter les principes actifs (par exemple l’augmentation du pourcentage d’acide gamma linolénique dans l’huile d’onagre) d’étudier la possibilité d’augmenter le pourcentage de principe actif par extraction ou fractionnement (exemple augmentation de l’insaponifiable du karité de 7 à 11 % par la production d’une oléine ou d’un extrait portant à 50 % le pourcentage de karité) Parallèlement il dirige le comité d’experts de l’association « Green Belt » chargé d’un projet de reforestation dans les pays du Sahel.
Les méthodes d’obtention des beurres de karité :
Le beurre de karité est aujourd’hui utilisé par de nombreux laboratoires de produits cosmétiques et pharmaceutiques. Ce produit est parfaitement maîtrisé dans son utilisation. Les deux procédés d’obtention, qui sont la pression mécanique à chaud et l’extraction par solvant sont moins connus des utilisateurs. C’est pourtant un point sur lequel les services achats, formulateurs et responsables de production devraient tout particulièrement se pencher. Pour des raisons de coûts, la plupart des corps gras sont obtenus par extraction chimique. Un solvant, le plus souvent l’hexane est utilisé. Avantage de ce procédé: le pourcentage de corps gras obtenu est maximum; cette méthode est la plus rentable. En résumé, un procédé chimique fiable permettant d’obtenir un rendement maximum. Les utilisations courantes du beurre de karité dans l’industrie chocolatière ont répandu ce procédé. Dans cette industrie, personne ne s’en inquiète car on ne recherche pas le karité pour ses principes actifs, mais uniquement comme substitut du beurre de cacao. Lorsque le karité a été reconnu pour ses qualités intrinsèques en cosmétique, les premiers laboratoires utilisateurs ont exigé un beurre sans solvant : la pression mécanique à chaud a permis d’obtenir un beurre pur et naturel, ayant conservé tous ses principes actifs. Cette méthode artisanale ne permet pas d’extraire la totalité du beurre présent dans la noix, le rendement quantitatif est inférieur au procédé par solvant, son prix en est plus élevé. Tous les laboratoires n’ont pas été sensibilisés à ce problème et certains préfèrent aujourd’hui le prix du karité solvant à la qualité du karité pression. Une meilleure information sur les procédés de fabrication est nécessaire. Si certaines préparations notamment capillaires ne nécessitent pas un beurre ayant conservé tous ses principes actifs, la plupart des utilisateurs cosmétiques devraient exiger un beurré « pression » Il faut noter que dans les pays d’origine où le beurre est utilisé comme anti-inflammatoire, seul le beurre pression est utilisé par le consommateur. Il faudrait aussi différencier le beurre « pression » du beurre « artisanal ». Dans cette dernière technique les noix sont broyées, et après obtention d’une pâte, le beurre est obtenu par immersion dans de l’eau chaude. Ce procédé est assimilé au procédé par pression. Le fabricant se doit de préciser le procédé à l’utilisateur.
L’huile de chanvre :
En 1997, le Comité Economique Français du Chanvre, les Huileries du Berry et Teco Finance Export ont convenu de collaborer étroitement pour développer l’utilisation de l’huile de chanvre en cosmétique. Les 2.6 % d’Acide Gamma Linolénique (oméga 3) est intéressante, mais surtout la présence de 55% d’Acide Linoléique et de 18 % d’Alpha Linolénique (oméga 3) la rend unique. Les graines de chanvre et à un moindre pourcentage les graines de lin, sont seules à présenter concomitamment ces deux Acides Gras Essentiels . D’autre part, sur le plan des caractéristiques physiques, cette merveilleuse huile pénètre très rapidement et peut ainsi servir de vecteur à ses propres composants ou à d’autres composants. Ses qualités « non grasses » lui permettent d’être utilisée en plus grande quantité dans les formules. Le marketing de cette huile se développe autour de ses qualités de force, de résistance et de solidité comme les voiles de Christophe Colomb partant à la découverte des Amériques ou les draps des armoires de notre enfance Retour aux sources.


